Alice Muneaux, tente sa chance au cinéma

Source : Journal L'Union édition de Vitry.

Elle n’était pas très encline à se raconter dans le journal. Moins les projecteurs sont braqués sur elle, mieux elle se porte. « Je sais que c’est en totale contradiction avec le métier d’actrice que j’exerce mais je reste quelqu’un de modeste. » À force de persuasion, on la convainc du bien-fondé de notre requête : montrer aux jeunes qu’il n’y a pas de fatalité et que tout est possible, même quand ils naissent et grandissent en zone rurale, dès lors qu’ils sont capables de travailler, de saisir les opportunités que la vie leur tend et d’avoir également un brin de culot. Car ça peut toujours servir. Et c’est même parfois vivement recommandé.

C’était aussi une manière d’assurer la promotion de ses premiers pas au cinéma car les curieux comme les cinéphiles peuvent la découvrir sur grand écran dans le film Sauver ou Périr avec Pierre Niney. Et dans lequel elle incarne un médecin à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Une vocation de sapeur-pompier déclenchée très jeune

 

Alice Muneaux est née en 1988 à la maternité de Vitry-le-François mais a grandi dans le village d’Heiltz-le-Maurupt dans lequel sa famille habite toujours. Elle a d’abord intégré, en tant que sapeur-pompier volontaire, la caserne de la commune avant d’être affectée au centre de secours de Vanault-les-Dames, où le mari de sa cousine évoluait déjà. « Quand j’avais 10 ans, mon père a fait un infarctus, j’ai vu le médecin et les sapeurs-pompiers lui venir en aide. C’est cet événement, dramatique au départ, qui a suscité mon intérêt et a déclenché ma vocation », se remémore la jeune femme.

Elle a attendu sa majorité pour rejoindre les hommes du 18 et les premiers mois, le temps de suivre les formations, « je n’allais pas sur le terrain. Je restais dans le local radio à écrire les mains courantes. Jusqu’au jour où le chef d’agrès m’a dit “Alice, tu te prépares et tu montes avec nous”  ». Même pas peur, la gamine de 20 ans alors, gonflée à bloc, grimpe dans le véhicule qui les conduit jusqu’au domicile d’une personne âgée tombée dans ses escaliers. Une chute qui lui avait occasionné une petite fracture au niveau du crâne. « J’ai vu du sang et c’est à ce moment-là que je me suis demandée si j’étais faite pour ce métier. Jusqu’à présent, je ne m’étais exercée que sur des mannequins. Et bonne nouvelle, je n’ai pas été dérangée », plaisante-t-elle.

Une intégration au Cours Florent

À l’heure de se positionner pour ses choix d’études, elle hésite entre l’industrie graphique ou l’hôtellerie. Je me rends donc en jean et en baskets aux portes ouvertes d’un lycée qui proposait une formation en hôtellerie. Le directeur nous a dit “ les filles, dans ce métier, c’est jupe et talons”. Autant vous dire que je me suis barrée en courant. J’avais déjà mon petit caractère ! », rit-elle.

Elle devient finalement infographiste dans une boîte à Revigny-sur-Ornain pendant neuf ans. La boîte va mal, elle a entendu parler de licenciements économiques. Elle pense en être car elle est la plus jeune. Il lui faut donc anticiper une éventuelle reconversion. « J’avais envie de trouver un métier qui me donnerait envie de me lever tous les matins », se rappelle-t-elle. Elle tente sa chance pour intégrer un stage au sein du Cours Florent, à Paris, qui lui permettra si elle le réussit, de décrocher le Graal : sa scolarisation, en trois ans, au sein de cette prestigieuse école. « J’y suis allée sans rien dire à personne, j’ai pris sur mes congés payés, sans pression avec l’envie de me faire plaisir », se souvient-elle. Trois jours après la fin du stage, un mail tombe dans sa boîte de réception. Elle était reçue ! « J’étais sereine mais en moi-même je me disais “pourvu que je sois licenciée”. Je crois que j’ai fait partie de ces rares salariés à souhaiter l’être. » Ce n’est que quelques jours plus tard, lorsqu’elle reçoit son courrier de licenciement, qu’elle exprime sa joie.

Depuis, elle trace son sillon. Elle a eu l’opportunité d’être retenue pour le casting du film Sauver ou Périr, avec Pierre Niney, actuellement au cinéma. « Quand j’y repense, je me dis que c’est fou, je n’avais qu’une année de théâtre derrière moi au moment du tournage (au printemps 2017 ndlr)  », raconte la trentenaire, qui depuis septembre a été admise en 3e  année de cinéma. « J’incarne un commandant médecin de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris où je donne la réplique à Pierre Niney. C’est énorme d’avoir pu concilier ma passion et mon métier d’acteur pour une première au cinéma ! » Elle a trouvé l’acteur très gentil, prompt à donner des conseils.

Si elle effectue son petit bonhomme de chemin en enchaînant les castings, elle n’en oublie pas pour autant sa « campagne ». « J’y suis attachée ainsi qu’à mes racines. » C’est ainsi qu’une fois par mois, elle revient dans la Marne et effectue son week-end de garde au centre de secours de Vanault-les-Dames.
 



 

 

 

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