François Mauret, tailleur de pierre range ses outils

Heiltz-le-Maurupt Tailleur de pierre installé depuis 27 ans à son compte, François Mauret a pris sa retraite. Il exprime une chaleureuse reconnaissance à tous ceux qui l’ont honoré de leur confiance.  
C’est par un dernier gros chantier, celui de l’église de Pringy, que le virtuose de la gradine et du têtu, fin connaisseur de la voûte, de la corniche et du linteau, a mis le coup de maillet final a une carrière rien moins que lapidaire. Avant de prendre une retraite bien méritée, le tailleur de pierre François Mauret a offert le meilleur de son art pour redonner une base solide au fier édifice religieux. Les subtiles nuances de ton du matériau révèlent les endroits savamment réfectionnés de la façade. Clin d’œil de l’histoire familiale, les ultimes coups de ciseaux de sa vie professionnelle sont advenus sous les vitraux en dalles de verre, autrefois bichonnés par son père.
L’entrepreneur à peine grisonnant, caractérisé dans un style unique par des cheveux tenus dans un élastique, un bouc ciselé et de généreuses bacantes, a décidé de sonner le gong de son activité le jeudi 31 octobre dernier, vingt-sept ans après avoir créé sa propre société à Heiltz-le-Maurupt, le village qui l’a vu naître et grandir. « Cela fait trois ans que je commence à en parler autour de moi, explique-t-il. Et je tiens à remercier tous les clients qui m’ont fait confiance, et que je n’ai pas eu l’occasion de revoir récemment. »
 
J’ai toujours été bercé
par le mouvement de l’art. C’est peut-être cela qui a poussé mon inclination
 
Au commencement, la nécessité d’acquérir une formation a éloigné François Mauret de son terreau. D’abord les Vosges, à Remiremont, afin de peaufiner les bases par l’obtention d’un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) de taille de pierre et marbrerie. Ensuite, la Côte d’Or dans le but de se constituer une première expérience de terrain, hors de la voie tracée par son père et son grand-père, et contrairement à ses deux frères qui ont poursuivi la tradition verrière. « J’ai toujours été bercé par le mouvement de l’art. C’est peut-être cela qui a poussé mon inclination, analyse-t-il. Les couleurs, ce n’était pas pour moi ; je préfère les finesses de l’ombre, la sobriété de la pierre. »

Églises, châteaux, calvaires...

 
Très vite, il a filé, à Verdun, se mettre au service de l’entreprise Hory, œuvrant sur les bâtiments du patrimoine et les monuments historiques. « C’est vraiment là que j’ai appris le métier en taillant des pierres pour la cathédrale de Metz, par exemple. C’est du gothique flamboyant donc techniquement il y a du travail. J’ai fait de très belles pièces » , se souvient-il. Dix ans plus tard, il devenait appareilleur, à Châlons-en-Champagne, un travail préparatoire d’orfèvre où se prennent les relevés, s’exécutent les dessins…, qui détermine l’ouvrage du tailleur de pierre, fournit les plans pour le maçon. « Je gérais tout de A à Z. Il n’y a que les devis que je ne faisais pas. En appareillage, j’ai quand même travaillé pour une flèche, 12 mètres de haut, 4 de large, je crois, implantée à Garches, à côté de Paris. » Il a également laissé son empreinte sur la Porte du Pont, joyau vitryat.
Ce patient cheminement dans toutes les arcanes du métier l’a ramené au bercail, dans son village, où il est complètement sorti de sa gangue en créant sa propre entreprise. « Je suis parti célibataire, et je suis revenu marié, nanti de trois enfants », s’égaie-t-il. Son épouse, Catherine, l’a soutenu sans relâche, contribuant fortement à la réussite de l’affaire. Un très gros chantier lui a été confié dès l’ouverture de sa société : le château d’Etrepy. D’autres prestigieux édifices se sont ajoutés au carnet de commande : le château de Vitry-la-Ville ou encore celui de Brignicourt-sur-Saulx. De nombreuses églises ont aussi bénéficié du savoir-faire et de l’expertise qu’il a déployés avec son équipe : Sogny-en-l’Angle, Soudé, Chepy, Breuvery-sur-Coole, Saint-Quentin-sur-Coole, Saint-Hilaire-au-Temple..., et plus récemment, Heiltz-le-Hutier.
 
Je garde en mémoire
les gâteaux que nous servait une gouvernante attentionnée

Au chevet d’un bâtiment à restaurer, il privilégie toujours la base, car c’est d’elle que dépend la solidité de l’ouvrage entier. « Les contreforts, les glacis de contreforts... Ce sont des endroits qui prennent l’eau, poursuit-il. Les églises en craie s’abîment par le bas. A Thiéblemont, j’ai été amené à démonter une voûte. C’est un travail à opérer délicatement si on ne veut pas voir s’effondrer l’ensemble. » Quelques belles façades châlonnaises sont à porter à son actif ; des sculptures aussi, et des calvaires. Une gargouille de l’église de Vanault-les-Dames a fait l’objet de ses soins attentifs, la cité administrative de Saint-Dizier de même.
Heurs et malheurs, François Mauret ne retiendra que les bons moments. « Les mauvais, on les oublie. J’ai de très bons souvenirs dans de petits châteaux, notamment je garde intacte la mémoire des gâteaux et du café que nous servait une gouvernante attentionnée dans l’un de ces lieux délicieux. » Désormais, lorsque les outils se remettront à ferrailler, ce sera « juste pour le plaisir » . Et les souvenirs, accrochés çà et là au fronton ou à la base d’une construction, raviveront la joie inextinguible du travail bien fait.

Source: Journal L'Union du 11 novembre 2019

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